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Mis sur scène par Henri jules Julien avec Sophie Agnel et Victor Ponomarev

Testimony de Charles Reznikoff

Publié le 10 Janvier 2011 par OverBlog

traduction Jacques Roubaud - Marc Cholodenko

mise sur scène Henri jules Julien

verbe Victor Ponomarev

piano Sophie Agnel

amplification Etienne Foyer

lumière Jean-Luc Chanonat

avec le concours de Michel Rose

 

« Tout ce qui suit est basé sur les archives judiciaires des différents Etats. Les noms des personnes sont fictifs et ceux des villages et des villes ont été modifiés. »

 

Chacun des poèmes de Testimony, oeuvre majeure de la poésie américaine du 20ème siècle, puise dans les minutes d’un procès, aux Etats-Unis. Pas un mot dans ces poèmes qui soit du poète. Pas un mot qui n’ait auparavant été une parole, prononcée devant un juge « par ceux qui ont vu, ou rapportée de ceux qui sont morts. » Des paroles lestées d’un irréductible poids de réel : c’est comme cela qu’ils ont vécu, la jeune mère italienne, le vieillard solitaire ; c’est comme cela qu’ils sont morts, le garçon dans la neige, le Noir dans la poussière. La poésie de Charles Reznikoff rallume ces voix éteintes, « comme de  petites lampes sur la carte des Etats-Unis. » Il qualifie Testimony de « récitatif », soulignant l’origine orale, et la dimension musicale, de ce « cri massivement pluriel ».

 

Sur scène, Testimony est une remise en voix de ces  « témoignages ». La voix de Victor Ponomarev, épaissie de l’expérience des plusieurs vies de cet acteur à la stature hors norme, qui redonne souffle à des paroles depuis longtemps inaudibles. Et la voix du piano de Sophie Agnel, étendu à un univers sonore inouï par l’introduction dans le corps-même de l’instrument du prosaïsme le plus cru - objets, matières, artefacts. Deux voix, deux interprétations en regard, s’affrontent, font front : accords et désaccords, frottements et chocs. Elles laissent entendre : la voix de ce poète qui « s’intéressait plus que nul autre à ce qui se passe réellement », et à travers elle, les voix d’êtres, hommes, femmes, enfants, que la poésie sauve d’un oubli définitif.